Contrôle d’accès des enceintes sportives : la question lancinante de la reconnaissance faciale

La technologie offre de nouvelles possibilités dans tous les domaines de la vie. Pour celui de la sureté / sécurité, on évoque de manière récurrente l’utilisation de système de reconnaissance faciale.

Un récent article de France24 développe partiellement la question, essentiellement dans le cas des rencontres de football avec notamment une diminution potentielle du risque de passage par un point de contrôle d’accès de spectateurs interdits de stade par la justice ou la Préfecture. 

Toutefois, les apports techniques à l’usage de cette technologie sont sensiblement plus larges. 

Ainsi, la question du filtrage des accréditations serait clairement améliorée par un système de reconnaissance, même si s’agissant de salariés, de salariés des prestataires ou de bénévoles la question est en termes juridiques un peu différente.

De même, l’accès des enceintes aux abonnés -qui fournissent dans la plupart des cas une photo- pourrait être sensiblement accélérer par un usage de caméra. Même si un enregistrement temporaire des données serait dans ce cas probablement nécessaire dans le cadre d’un pointage et de données statistiques.

En fait, au-delà de l’application plus fiable de sanctions, la reconnaissance faciale offre un apport conséquent en termes de marketing et d’expérience client. La réduction du temps nécessaire aux accès spectateurs et aux zones spécifiques constitue un enjeu pour de nombreuses enceintes. 

La France est très rétive à la mise en place de ces systèmes comme le montre l’article de 20 minutes sur les JO de 2024, où trois ans avant l’évènement, le délégué interministériel aux JOP indique un refus de principe. Pour beaucoup d’autres pays, la doctrine est sensiblement différente, y compris pour les évènements sportifs, comme à l’occasion des JO de Tokyo en 2020 ou ceux de Pékin en 2022. Dans le cas chinois, c’est une approche fort ancienne comme le montre l’article de 2006 proposé par le Devoir. 

En France, à ce jour, seules des expérimentations, clairement encadrée par la Puissance Publique, sont possibles. Elles seraient l’occasion pour les organisateurs de tester les effets réels de ce type de système et la perception qu’en aurait le public.   

Lien vers l’article de France24

Lien vers l’article de 20 minutes

L’article des Echos sur les JO 2020 de Tokyo

L’article sur la la doctrine chinoise de… 2006 avant les JO de Pékin 2008

Sécurité des évènements : l’importance des spécificités de chaque type de manifestation

La sécurité évènementielle présente quel que soit le type de manifestations (concert, foire et salon, sport, évènements festifs…) deux dimensions :

  • La première est celle du tronc commun à tous les évènements ponctuels. Ainsi la réglementation elle-même identifie des éléments de grands principes que les organisateurs retrouvent partout : dossier en Préfecture, herméticité, zonages, coordination et pilotage, importance du retour d’expérience…
  • La seconde dimension est celle des spécificités propres à chaque type d’évènements. Ainsi l’analyse des risques et menaces auxquels est exposée une manifestation (par essence effectuée au cas par cas) suppose un tour d’horizon large de tous les cas possibles. A l’issue de ce diagnostic clé, on identifie des éléments particuliers, endémiques à certains évènements. 

Pour les manifestations commerciales, une attention particulière est portée aux frotteurs qui sévissent aussi dans les transports en commun et dans certains concerts. La question de leur identification, de leur appréhension (par les forces de l’ordre ou des agents de sécurité lors de concert par exemple) pose un problème technique spécifique.

Dans le domaine sportif, les rencontres de football sont particulières en termes de sécurisation aussi de par la réglementation que par les dispositifs à concevoir et mettre en place, même si on y retrouve là encore les grands principes communs à tous les évènements, il convient de réfléchir « spécifique », sans recours à des solutions universelles. Ainsi sur les tournois de tennis, l’association du tennis professionnel (ATP) (syndicat des joueurs) un point spécifique concerne l’interdiction des paris en ligne dans l’enceinte. Ainsi les agents en place sont sensibilisés à porter une attention particulière sur ce point.

De la même manière, les manifestations regroupant des aéronefs présentent des caractéristiques propres très spécifiques, notamment lorsque les avions effectuent des démonstrations en vol, mais pas que ! Là encore, l’organisateur (éventuellement accompagné d’un ingénieur sécurité dédié) doit parfaitement connaitre son « produit » et ses caractéristiques particulières en termes de public, de site ou d’activité. Ainsi pour les meetings aériens, le responsable sécurité doit prévoir dans son dispositif un espace pour les spotters, observateurs / photographes, qui bénéficient d’une zone dédiée bien évidemment en dehors des trajectoires prévues des avions.

Les défilés de mode sont eux-aussi particuliers par certains aspects. On y présente souvent des produits de très grandes valeurs, objets de convoitises fortes et susceptibles de tentatives de vols plus ou moins violents. La conception d’un dispositif dans ce cas, ainsi que sa mise en œuvre constituent un défi pour l’organisateur avec parfois la difficulté supplémentaire d’un site original adapté pour l’occasion mais peu propice en termes de sécurisation. Les évènements autour du luxe et la présence de VIP sont ainsi particuliers pour leur sécurisation.

Dans tous les cas, un tour d’horizon exhaustif est nécessaire pour éviter les « trous dans la raquettes ». Et une veille constante des nouvelles pratiques est une nécessité aussi bien dans les risques/menaces subis que dans les réponses possibles apportées. C’est le cas par exemple de l’usage des drones, de l’efficacité des portiques en contrôle d’accès ou de l’analyse d’image en temps réel. 

Lien vers un article des DNA sur une condamnation de frotteurs

Lien vers une innovation japonaise concernant l’identification des frotteurs

Lien vers un compte rendu de 2016 sur la sécurité des défilés

Quand le changement d’acronyme en dit long sur une doctrine !

La sécurité aérienne se doit d’être exemplaire. Le sujet a été dès les origines de l’aviation au centre des préoccupations des opérateurs et très rapidement des pouvoirs publics. Aussi bien les aéronefs, les terrains que les pilotes font l’objet d’un suivi et d’un contrôle régulier.

Dès 1946, suite à la convention internationale de Chicago deux ans plus tôt, le ministère des travaux publics publie des dispositions à prendre « en cas d’accident aéronautique, irrégularités ou faits techniques survenus à des aéronefs  civils et ayant fait courir un risque aux personnes et au matériel. » A partir de 1952, les enquêtes concernent tous les accidents aériens survenus dans le but d’en tirer des enseignements. L’enquête administrative se déroule en soutien de la procédure judiciaire.

Le Bureau d’Enquêtes et d’Accident -plus connu sous le sigle BEA- se construit sous la tutelle de l’Inspection Générale de l’Aviation Civile mais défend fermement une position d’indépendance  quand au Ministère des transports. Le BEA effectue des enquêtes techniques pouvant servir à la justice ou à l’administration. A partir de 2010,  chaque Etat de l’Union Européenne dispose d’une instance de ce type, fédérée à l’échelon continental.

En 2001, le Bureau Enquêtes Accidents devient le bureau d’Enquêtes et d’Analyses. Ainsi en conservant l’acronyme de BEA, l’instance retrouve un rôle d’enquête y compris lors de faits n’ayant pas entrainé d’accident (mortels ou non). Ainsi, cette instance revient à ses fonctions originelles, plus larges que les seuls cas d’accidents, pour intervenir y compris lors d’incidents sans gravité en termes de conséquences voir même en cas de simples risques courus par les aéronefs, leurs passagers ou les personnels à bord.

Ce glissement sémantique pourrait inspirer les organisateurs d’évènement. Il est assez fréquent que des faits inattendus se déroulent pendant un évènement. Et puis, la providence (ou le hasard) évite l’accident ou réduit les conséquences.  Et on oublie qu’on est passé tout prêt d’un gros problème. La tenue d’une main courante et la mise en place systématique d’une réunion de type « retour d’expérience » suivie d’un partage entre professionnels des conclusions de cette analyse est une bonne pratique. 

Dans les salles de cinéma, le film Boite noire

Un exemple de compte rendu d’enquête sur un incident, avec recommandations de formations sur simulateur pour les exploitants des avions

Direction sécurité des entreprises : une montée en puissance

Le club des directeurs de la sécurité en entreprise (CDSE) envisage sa fonction fédératrice en proposant régulièrement des études sur la filière Sécurité-Sureté en entreprise. Dans une vidéo récente, le CDSE propose une synthèse des grandes tendances qu’il identifie pour le secteur. La démarche est particulièrement bien venue tant les acteurs d’une activité oublient souvent la dimension stratégique de leur métier et les évolutions de longs termes, focalisés -comme nous tous- sur le quotidien et sa pression permanente.

En observant avec recul le métier de « Sécurité-Sureté Corporate (SSC) », le CDSE propose les grandes lignes et tendances qu’il identifié comme significative de la filière. Le passage d’une logique très centrée sur la Sécurité envisagée dans ses aspects techniques vers une direction envisagée comme un « véritable Business Partner », constitue une tendance avérée. Ce glissement trouve ses causes dans la croissance des enjeux autour de la sécurité et de la sureté. Ce faisant, cette fonction pénètre aujourd’hui les directions des firmes qui ont vu apparaitre au fils du temps de plus en plus d’aspects liés à la SSC. Dès lors, logiquement cette fonction devient stratégique. Et dans presque 3/3 des cas, se trouve rattachée à la direction générale. Ce premier volet est issu d’un questionnaire mené auprès de 187 répondants complété par 30 entretiens. La 2ème phase du travail se penche sur les cadres assurant la fonction de sécurité à travers un sondage et des interviews.

La complexité croissante de la fonction amène le CDSE a proposer une approche de la sécurité globale des firmes. 

Le modèle déployé propose trois niveaux de lecture (+ 1 autour des opérations)

On notera dans le volet expertise-conseil- déploiement l’existence d’un item « sécurité des évènements » qui constitue ainsi un domaine propre nécessitant une attention particulière.

La vision proposée qui privilégie la fonction sécurité dans une approche globale et une fonction clé des organisations semble très pertinente. Le constat est patent depuis les année 2010 d’une croissance constante des questions de sécurité dans le fonctionnement des firmes tant cette dimension transparait et « diffuse » dans toutes les autres : marketing, production, RH et bien entend finances. Les parcours-type présentés dans l’étude (p16 et suiv.) montrent d’ailleurs la porosité entre les SSC et d’autres fonctions des firmes  (contrôle interne, audit, gestion des risques).

Lien vers la fiche méthodologique et le rapport

Lien vers la vidéo de synthèse

La performance en sécurité : identifier les indicateurs clés de performance (KPI) du dispositif !

La crise sanitaire est l’occasion d’un déferlement d’informations, de points de vue et de préconisations diverses, sans parler des oiseaux de mauvaise augure qui prédisent tout et son contraire généralement apocalyptique. Il est important de profiter de cet arrêt obligatoire pour réfléchir sur ce qui fait les facteurs clés de succès de la sécurisation de votre évènement. Trop souvent, le succès de la sécurisation d’un évènement tient au fait qu’il ne se passe aucun acte de malveillance ou d’incident majeur.

Notre difficulté à comprendre l’évolution de la situation tient à la représentation que nous construisons de notre environnement et de son agencement. Dans une chronique sur Linkedin, O.Sibony enseignant et management (stratégie) et écrivain, propose sa vision de la crise et envisage un indicateur plus pertinent -selon lui- de l’évolution de la situation. 

Au delà de la question elle-même, l’intérêt de l’article tient à la démarche de l’auteur : il s’agit de modéliser la situation en extrayant les éléments jugés clés

Dans un second temps, on agence les pièces dans une forme qui malgré la perte de définition qu’entraine tout modèle permet de suivre le phénomène. 

Cette représentation simplifiée, qui fait émerger les Indicateurs Clés de Performance (KPi en anglais), n’est pas nouvelle. Elle est en fait omniprésente. Comprendre ce qui est important et déterminant et se focaliser sur ces aspects. La perte de définition est compensée par une lisibilité accrue. 

Dans les faits, l’être humain fonctionne de manière quasi permanente sur ce type de démarche… de manière plus ou moins consciente et rationnelle quant à l’identification des Kpi.

Chronique de Olivier Sibony

L’outil clé de la modélisation : l’exemple de la ventilation de la Philharmonie

La crise sanitaire est l’occasion de mettre en oeuvre des outils de meilleure compréhension. L’interruption de l’activité et la nécessité de mieux comprendre certains phénomènes amènent des gestionnaires de site ou des organisateurs à mettre à plat les procédures de sécurisation des enceintes. 

La salle de la Philhamornie à Paris (jauge à 2400 places) a ainsi lancé une étude avec la société Dassault Systèmes sur la circulation de l’air, et donc potentiellement du virus, dans l’amphithéâtre. 

La forme vidéo des résultats obtenus constitue un bon exemple de l’apport que peut constituer ce type de démarche. Et de son utilité ! En « voyant » la circulation de l’air dans la salle, le responsable sera plus en capacité d’adapter ses fonctionnements futurs aux nécessités.

De la même manière, les ingénieurs peuvent modéliser l’évacuation d’un site de spectacle ou d’un stade et mesurer le temps nécessaire, la sensibilité du délai à certaines variables (le système est paramétrable) et les effets d’éventuels changements de configuration des lieux. En ce sens, ces modélisations sont des outils utiles pour le management des structures.

On ajoutera que la diffusion de ces études vers le public (et les pouvoirs publics) constitue un outil de communication signalant les organisateurs comme étant très attentifs à la sécurité et au bien être de leurs spectateurs. Ce point constitue un aspect non négligeable, au-delà des apports directs en termes de compréhension.

A voir également : les ingénieurs de Dassault ont complété l’approche par une petite vidéo présentant la diffusion d’air liée à une quinte de toux en place assise dans une salle de spectacle, sans masque, avec un masque « lâche » dans son positionnement et enfin avec un masque bien porté.

Etude proposée par la Philharmonie

Article de l’Usine Nouvelle

Crédit photo : Dassault Systèmes