La sécurité privée, un acteur évoluant dans un périmètre qui s’élargit (physiquement et réglementairement)

La proposition de loi relative à la sécurité globale a créé beaucoup de bruits sur un de ses aspects : l’article 24 (sur la diffusion d’image de forces de l’ordre sur les réseaux sociaux dans le but de nuire) a fait l’objet d’un éclairage particulier, relayé à l’envie par les médias à coup de débats enflammés.

Ce focus a estompé beaucoup d’autres points présents dans le texte aussi bien en termes de sécurité publique (usage des drones par les forces de l’ordre) que du coté de la sécurité privée. Ce projet de Loi ne concerne pas directement le secteur de l’évènementiel mais n’est pas sans conséquence sur l’évolution de la sécurité privée au sein de ce secteur. Cette coproduction publique / privée continue d’évoluer dans le temps.

L’excellent blog 83-629 évoque la question de la détection des drones par la sécurité privée au-delà du site concerné, de facto très souvent sur le domaine public. Une autre proposition concerne la conservation des scellés judiciaires par la sécurité privée. Et les exemples de ce genre sont fréquents depuis quelques années. Ce type de questionnement s’était posé dans le cadre de la collaboration entre les forces de l’ordre et des sociétés de sécurité privée dans le cas des vols de cuivre sur le réseau électrique. Les informations collectées par le privé sur demande d’Inedis avait permis à la gendarmerie d’intervenir sur la voie publique et d’interpeller les voleurs. De la même manière, la verbalisation routière peut être déléguée à des sociétés privées.

La question est en fait plus générale. S’il existe pour les Préfets des possibilités réglementaires d’élargir le périmètre d’intervention des agents de sécurité privée à proximité immédiate des sites, on constate depuis une dizaine d’années la multiplication des cas dans lesquels le législateur ouvre la porte à des actions jusqu’ici largement exclusivement dévolues à la Puissance Publique.

Cette tendance est lourde. Elle avait été esquissée dans le cas des rencontres sportives de football. La frontière théorique espace public/ espace privé ainsi que la répartition théorique Forces de l’ordre / agent de sécurité se sont diluées dans la réglementation.  Sans oublier qu’à l’usage, les praticiens de la sécurité évènementielle savent parfaitement l’intérêt d’une collaboration étroite entre les acteurs.

Chroniques du Blog de la Sécurité Privée : 

Chronique 1

Chronique 2

Validation scientifique : la force de l’expérimentation comme valeur de proposition

De nombreux secteurs sont fortement impactés par la crise sanitaire. Parmi ceux-ci, les concerts « live » sont particulièrement touchés.

Outre la très longue période de fermeture ou même de fonctionnement en mode dégradé par rapport à la jauge des enceintes, se pose la question cruciale de la remise en route.

Ainsi, un laboratoire universitaire de Halle a effectué un test en grandeur nature à Leipzig l’été dernier. Nous avions évoqué dans ces lignes une autre démarche de même type concernant les manifestations commerciales.

Au final, quelques aspects clés sont identifiés quant au Covid-19, comme la ventilation de la salle et l’importance de hygiène individuelle des mains.

Au delà de ces conclusions, pour utiles qu’elles soient, c’est la démarche d’expérimentation en situation réelle qui est à retenir. Comme toute recherche académique, la méthode a probablement été validée par une commission éthique, dite de protection des personnes en France. Elle illustre une approche pragmatique des questions de mise en oeuvre, sans tabou ni apriori limitant telle ou telle type d’activité.

Il y a fort à parier que les enseignements de l’expérience, largement mise en valeur par les professionnels du secteur, pourront éclairer les pouvoirs publics sur les conditions de reprise de l’activité et rassurer le public sur le risque réel d’exposition au virus en cas de participation à un concert répondant aux mesures sanitaires retenues.

Lien vers le site IQ

La multiplication des drones et ses conséquences : un point d’étape utile

Les nouvelles technologies offrent aux professionnels de la sécurité de nouvelles possibilités. Elles génèrent aussi de nouvelles contraintes.

Outre les questions législatives et réglementaires déjà évoquées sur notre blog sur l’usage de nouveaux outils, un récent article universitaire évoque la question des incidents / accidents survenus du fait des drones.

A partir des cinq enquêtes diligentées par l’Aviation Civile, les auteurs font le tour des éléments susceptibles de construire une doctrine puis une adaptation réglementaire que l’usage des drones est susceptible de générer, aussi dans le cadre des loisirs que dans un usage professionnel.

On notera que si les accidents effectifs sont analysés -la chute d’un engin sur la scène d’un concert-, les incidents -comme la présence d’un drone sur la trajectoire d’un Airbus en approche- sont eux aussi intégrés dans une logique classique de retour d’expérience pour l’Aviation Civile

Trois éléments nous semblent utiles à mentionner :

1) Pour la fonction sécurité, on note que le drone comme dispositif de sécurité peut engendrer son propre risque. Il doit de ce fait être intégré à la cartographie des risques. Aucun outil, aussi prometteur soit-il n’a que des bons cotés !

 2) L’usage de nouvelles technologies et méthodes suppose un apprentissage des acteurs, une familiarisation à l’outil et une compréhension des ses apports et de ses limites. C’est une nouvelle compétence à maitriser et à optimiser. C’est vrai des cadres, notamment dans la fonction de conception et coordination de dispositif,  mais aussi de tous les personnels sur le terrain.

3) La technologie et ses usages ont toujours généré une évolution légale et réglementaire. Dans le cas des drones, si l’usage de loisir est loin de nos préoccupations, le recours à des drones dans une logique professionnelle se fera dans un cadre évolutif rapide. Comme le notent les auteurs : 

« L’arrivée des drones, toujours plus nombreux, engendre des risques en l’air comme au sol, lesquels peuvent se réaliser. Bien entendu, l’élimination totale de ces risques étant irréalisable, il convient d’atteindre un niveau de risque acceptable par rapport à des critères sociaux, juridiques, techniques, financiers… Qu’il reste parfois à déterminer. Il est alors nécessaire de pouvoir connaître et maîtriser ces risques au mieux et à plusieurs niveaux ». 

Ce point concerne aussi bien le matériel utilisé (normes et maintenance) que les personnels (qualification, certification). Les conséquences des ces aspects sont clés dans la mesure du cout/bénéfice de ces nouvelles technologies. Elles ont aussi un impact sur le domaine assuranciel.

Article du Journal des Accidents et des Catastrophes du laboratoire CERDACC

Directeur sécurité-sûreté : Quel profil type dans l’avenir ?

La revue Info protection s’est livrée à un exercice des plus stimulants. Elle a posé la même question à un panel d’experts : a quoi ressemblera  le directeur sécurité-sureté (DSS)  dans 5 ans ? Dans la continuité, le Club des Directeurs de Sécurité et de Sureté des Entreprise (CDSE) a diffusé sur son site l’interview de Mme Louvet Présidente de sa Commission Carrière et Emploi. 

Les enseignements de cet exercice sont multiples. Dans une profession finalement assez nouvellement structurée et dans un contexte où le continuum sécurité publique/ sécurité privée voit la frontière glisser vers cette dernière, les réponses apportées méritent attention. Sans que l’analyse puisse se revendiquer comme statistiquement déterminée, les points mis en avant peuvent être envisagés comme autant de repères crédibles pour l’avenir.

A travers les verbatim présentés, on retrouve les qualités devenues nécessaires à la fonction :

  • culture générale et spécifique « sécurité » validée par une certification diplomante ;
  • expérience opérationnelle dans des expériences dans les forces régaliennes ou non, et compréhension des problématiques opérationnelles du terrain ;
  • capacité à faire admettre la sureté/ sécurité comme une fonction créant de la valeur dans un ensemble large qu’est l’entreprise, dans une logique d’amélioration continue
  • compréhension des enjeux liés à la démarche qualité dans sa globalité, au besoin en sollicitant des experts métiers dans les domaines identifiés comme lacunaire; 
  • compréhension de l’écosystème d’affaire de la sécurité privée, y compris dans une doctrine de continuum et de ce fait capacité à tisser des réseaux dans la sphère des entreprises et des acteurs publics

Enfin, l’analyse très dense réalisée par E.Haehnsen mentionne un focus marqué vers la question de la cybersécurité. 

Pour sa part, F.Louvet distingue deux  profils de DSS :  « corporate » ou « opérationnel ». Dans cette vision, le DSS « corporate » se penche sur des aspects parfois éloignés d’une approche classique : faire face aux risques réputationnels ou aux question de protection de l’information.  

Au final, ce portrait type esquissé par des professionnels reconnus nous conforte dans une démarche privilégiant une vision transversale et globale, mettant en avant la culture de l’écrit et la rigueur des procédures. 

CISPE intègre ces différentes qualités pour sensibiliser et former ses ingénieurs. Il nous semble important d’ajouter que les futurs directeurs sécurité doivent, pour mener à bien la stratégie sécurité, utiliser une démarche de conduite de projet (coûts, qualité, délai).

Article de synthèse d’info-protection

Interview de Mme Louvet -Présidente de la Commission Carrière et Emploi du CDSE

L’utilité du gruyère pour comprendre la fonction sécurité !

Lors d’une interview sur la chaine BFM, la Professeure Lacombe a évoqué un modèle d’analyse permettant de mieux comprendre l’empilement des actions à mener face à la crise sanitaire. L’image retenue est celle du fromage suisse.

Comme modèle, il présente l’avantage d’être facilement compréhensible. L’idée relève finalement de la statistique : le nombre de tranches et la taille des trous (placés aléatoirement) permettent de calculer la probabilité -et donc le risque-  que le virus passe à travers le système.

L’intérêt est double :

– aucune mesure ne résout tous les problèmes !

– l’efficacité d’un système, -d’un dispositif de sécurité dans notre métier- ne peut s’envisager qu’à travers une vision globale, systémique.

Toutefois, une accumulation inconsidérée de mesures présente là aussi deux désavantages :

  • la complexification inutile du dispositif
  • une croissance incontrôlée des coûts

L’approche de CISPE consiste à garder à positionner la bonne tranche de gruyère au meilleur endroit et d’ordonner leur enchainement de manière optimum. Ne rentrons pas dans une logique de sur-qualité.

Ce qui est vrai pour le Covid-19, l’est aussi pour tous les types de risques et de menaces. Les manifestations et les sites ont tout intérêt à penser leur fonction sécurité comme un ensemble cohérent, dont toutes les couches sont utiles et constituent finalement un rempart efficace protégeant l’intégrité de l’évènement.

Lien vers l’interview de Mme Lacombe et les commentaires de BFM  :

La fonction sécurité en entreprise : une exemple à suivre pour l’événementiel

À partir d’une étude réalisée sur 187 de ses membres, le Club des directeurs de sécurité & de sûreté des entreprises CDSE propose une cartographie des métiers de la sécurité en entreprise et une analyse de la place de la fonction sécurité dans les entreprises.Le constat majeur de ce document est l’évolution du rôle des responsables sécurité : d’une logique de protection à l’origine, on a glissé vers un rôle d’expertise conseil face à l’intensification des risques et menaces. Pour le CDSE, la troisième phase est que la fonction sécurité devienne un « partenaire business » et accompagne la stratégie globale de l’Entreprise. Ainsi, la sécurité se trouverait intégrée dans les firmes, comme beaucoup d’autres fonctions de « technostructure » et de support logistique selon la typologie proposée par Mintzberg.

En proposant 5 modèles organisationnels types de directions Sureté-Sécurité-Corporate, le CDSE modélise la fonction et sa place dans les firmes. Un ensemble de fiches métiers complète le document et propose une photographie utile du secteur.

Un travail de ce type autour des organisateurs d’événements, ou de gestionnaire de sites serait des plus utiles. Il en découlerait une véritable doctrine de formation, de recrutement, d’organisation interne, de pilotage et de gestion des prestataires.

Lien vers le site du CDSE

Le recul, une variable souvent manquante !

Interview de Alain Bauer, professeur de criminologie du Conservatoire National des Arts et métiers (CNAM)

La vidéo-support de ce billet, extraite du site Xerfi, est proposée par Alain Bauer, Professeur de criminologie. Ce spécialiste de sécurité publique effectue dans le cas présent une analyse des question de maintien de l’ordre sur la voie publique.

Au delà de l’intérêt sur la question elle-même, le point d’entrée de cet expert est celui d’un recul temporel marqué et voulu.

Comme le souligne le Professeur Bauer, le problème de la « rétractation du temps et de l’espace » nous fait perdre le « sens de l’Histoire et de la Perspective »

Dans le cas de la sécurité des événements, l’observation sur un horizon plus lointain des pratiques permet de mieux comprendre les évolutions. Le drame du Heysel, puis celui de Furiani ont marqué le secteur. Et la loi de 1995 a pointé l’émergence d’une doctrine Par la suite, le 11 septembre et les catastrophes liées aux grandes foules (La Mecque, Duisbourg)  ont scandé les années 2000. La vague d’attentats terroristes en Europe a également impacté la doctrine,  la réglementation et les pratiques de sécurité sur les événements et plus largement les lieux publics. Comme le mentionne Alain Bauer (ici dans le cas du maintien de l’ordre), regarder le passé sur une échelle temporelle longue contribue à mieux analyser  les changements et leur causes.  Ce faisant, la démarche permet d’adapter ses propres pratiques.

A méditer. 

Sécurité et technologies : un duo sous contrôle

Article paru dans The Guardian

Les caméras dite piétons (body Cams) ont vu leur coût décroître ainsi que leur qualité s’améliorer. Leur usage s’est largement ouvert aussi bien pour les particuliers que les forces de l’ordre.

Dans le cas présent, un club italien souhaite en équiper ses agents de sécurité et d’accueil (stewards) afin d’aider à identifier (entre autres) les auteurs de propos racistes parmi la foule des spectateurs. Ces systèmes vidéo « rapprochés » venant compléter ceux des enceintes.

La méthode soulève deux questions majeures :
La première est celle de la mise en œuvre de la camera : permanente, ponctuelle ? Déclenchée par l’agent à son initiative ou sur ordre ? Avec quelle information des spectateurs ? Et quelles qualifications de l’agent ?
La deuxième question est celle du stockage des données récoltées et leur usage par la suite : qui constate quoi et le cas échéant sanctionne ?

Ces interrogations très pratiques sont celles qui ont prévalu lors de la mise en place de la vidéo-surveillance et de la vidéo protection. Qu’il s’agisse de l’espace public ou du domaine privé, la captation d’images s’inscrit dans un cadre législatif et réglementaire précis et évolutif. Leur utilisation dans le cadre de procédure privée, civile ou pénale est elle aussi encadrée. Et tout ceci en gardant à l’esprit le maintien pour chaque citoyen de grands principes en termes de liberté individuelle.

Innovation et sécurité – La sécurité privée pourra elle devenir prédictive ?

Article paru sur « Rendre notre monde plus sûr »

La société spécialisée en prestation de sécurité privée Goron propose un billet autour de la prédiction d’actes malveillants ou des incidents. Il s’agit d’une nouvelle question abordée sous l’œil de l’Intelligence Artificielle, domaine en pleine croissance. Son application (ici à la sécurité publique) est envisagée à travers d’éléments statistiques alimentant un système d’IA qui apprend par la répétition des cas ex post. Ainsi, les menaces peuvent être plus clairement identifiées.

Au-delà, la question peut aussi se décliner autour des phénomènes non intentionnels via une base de données permettant d’identifier les paramètres ayant abouti à des dispositifs défaillants compte tenu du diagnostic « risques » réalisé ex-ante : risques sous évalués et/ou dispositif mal dimensionné.

La sécurité fluide

Article paru en Octobre 2019 dans global security mag

Après sa thèse en Economie soutenue à Paris 1 Sorbonne en 2002, Olivier Hassid poursuit sa réflexion en proposant un nouveau concept, une quasi doctrine (au sens d’un cadre de réflexion général dans lequel on agit). 

En constatant que le « modèle de la forteresse » est supplanté au profit d’une approche fluide de la sécurité, O.Hassid réfléchi à l’usage des nouvelles technologies dans la sécurité.

Cette question est loin d’être circonscrite à la fonction  sécurité. Elle relève d’un domaine de recherche en pleine explosion : l’intelligence artificielle 

Outre les questions de définitions des besoins et de mise en œuvre des algorithmes, l’IA soulève des questions éthiques mais aussi de RH pour les acteurs : quels agents, avec quelles compétences ? Quelles frontières entre l’action de l’homme et les outils d’aides à la décision ? 

Ce faisant, le fait de ne pas oublier le point de vue de l’usager et sa perception sur ces questions est une obligation permanente. De ce point de vue, l’acceptation par le citoyen de systèmes (biométriques et autres) de plus en plus efficaces dans leurs croisements (comme dans la sécurité aéroportuaire) reste une question en tension, notamment en France. D’autres pays (et donc cultures) ont basculé depuis fort longtemps vers un quasi tout numérique pour le fichage de leur population.